DUFRANE Pierre - Sgt - Mat 3762

3rd Unit - 5th Pl - 3rd Sec Leader

 

 

 

Photos transmises par son fils Didier

 

Pierre Dufrane est né en 1917. En 1936, il sert au 3ème régiment de Chasseurs Ardennais stationné à Vielsalm. A l'issue de la Campagne de 1940, il est fait prisonnier sur la Lys et  envoyé au STALAG XIII A (Nuremberg). En prenant des risques inconsidérés, il s'évade avec quelques compagnons d'infortune. Il s'engage alors à la Légion Etrangère début 1941. En avril 1943, il rejoindra les Forces Belges de Grande-Bretagne.

Il participe, comme chef de section à toutes les Campagnes de la Libération, de la Normandie à l'Allemagne. Il servira la 1ère Brigade "Libération" jusqu'à sa dissolution en décembre 1945.

Ecole Sous-Officier de Leamington Spa,  1943,

2e à gauche au premier rang

Lowestoft,  juin 1944,

5e Peloton d’assaut – 3e Compagnie

deuxième rang,  1e à droite

Récit des Souvenirs de Guerre du Sgt Pierre Dufrane
Sallenelles,  poste d’écoute,  la nuit du 15 au 16 août 1944

 

"Le lieutenant Thumas s’approche de moi et m’annonce qu’à partir de 24h. je suis à l’écoute avec deux hommes ;  il me dit de l’accompagner allant lui-même reconnaître le chemin.  Le poste se trouve en avant de nos lignes,  juste face à notre position,  le chemin à travers les vergers est parallèle à la route et tombe dans un chemin creux qui lui est parallèle à la ligne de feu.  Je rentre seul et vais prévenir deux hommes,  Hanzen et Van Santen,  appartenant à la 1ère et 2ème sections.  L’heure passe,  nous nous reposons en fumant force cigarettes et en échangeant nos impressions.  Vers le soir nous retirons nos grosses godasses,  non pas pour le confort mais pour le bruit.  Pour ma part j’essaie de dormir mais je n’y parviens pas,  et vers 23h30 je traverse la rue et vais prévenir mes compagnons.  Il fait très chaud,  la nuit est lourde,  de temps en temps une fusée monte dans le ciel plein d’étoiles.  Je prends le revolver lance-fusée du peloton et retourne avec Hanzen et Van Santen à ma section,  nous prenons la Sten avec chargeurs à volonté,  couteaux et grenades,  mon B.D. est bien rempli.  L’Heure est venue,  je préviens Bob Deman que nous partons. 

Aussitôt sortis, nous nous engageons sur le petit chemin conduisant au poste.  A peine avons-nous fait quelques pas qu’un claquement nous immobilise tous les trois,  pendant quelques secondes nous retenons notre respiration ;  enfin,  nous comprenons que c’est la porte d’une grange qui a claqué et nous reprenons notre marche.  Je ne suis plus très sûr de notre route mais n’en dis rien aux copains et je continue.  Nous arrivons dans le chemin creux,  mais je ne vois rien car il fait très noir à cause des buissons très hauts qui bordent le chemin.  Je me décide alors de lancer un léger sifflement et au deuxième essai des ombres viennent vers nous en faisant des gestes et je suppose que nous y sommes,  pas un mot, et nous prenons leur place.  L’attente commence mais aussi les piqûres de moustiques,  c’est infernal et cela malgré notre filet de camouflage placé sur notre tête et notre bonnet de laine par dessus.  Je suis assis sur mes genoux et commence à ressentir des crampes aux mollets et aux cuisses,  je dois absolument changer de position mais n’ose pas.  A la fin je suis forcé de m’y résoudre et doucement j’opère le changement,  non sans mal.  Les minutes passent lentement,  près de nous s’élèvent quelques fusées bien haut dans le ciel,  de temps en temps un fusil lâche son coup et nous entendons siffler la balle qui va se perdre Dieu sait où !  Depuis quelques minutes j’ai l’impression d’une présence étrangère devant moi dans les buissons,  je n’ose pas bouger,  mes camarades sont sur ma droite,  vraiment je n’ose pas faire un mouvement et c’est à ce moment que je sens une main se poser sur mon épaule,  c’est Hanzen qui m’indique notre droite où venant de la direction de l’ennemi et descendant dans le chemin creux,  il y a une haie vive et je vois,  oui je vois des allemands longer celle-ci et descendre dans le chemin à environ 5 mètres de nous.  Ma première pensée est « pourvu que personne de nous trois ne doive tousser »,  il y a entre 20 et 25 hommes tous casqués,  ils chuchotent et se concertent entre eux !  Nous sommes immobiles,  un rien nous trahirait,  un mouvement,  un rien quoi !  C’est alors qu’ils remontent l’autre côté du ravin et s’engagent vers nos lignes ;  à moi d’intervenir maintenant et j’engage une cartouche fusée dans le canon du revolver et j’envoie celle-ci en biais pour ne pas trop faire connaître l’endroit d’où elle sort.  Les nôtres sont prévenus,  à eux de jouer et croyez-moi ils ne manquent pas de le faire,  car au même instant une nappe de balles passe par dessus nos têtes.  De la patrouille allemande nous n’en voyons plus rien et c’est maintenant le calme après l’orage...,  petit orage,  grâce à Dieu !  Mais il y a toujours ces maudits moustiques qui nous harcèlent constamment et je me demande quelle tête nous aurons demain.  Normalement,  je dois être relevé à 2h. du matin et nous attendons.  Bientôt nous voyons poindre l’aurore,  d’abord bien faiblement,  les premiers cris d’oiseaux se font entendre dans la ramure,  je ferme les yeux un instant et je ressens un moment de paix infinie inonder mon coeur,  je ne suis plus sur le front mais loin d’ici,  dans mon pays,  parmi des gens gentils,  polis,  plein d’urbanité.  Brusquement,  je suis sorti de ma brève rêverie par un rayon de soleil jetant ses feux allègrement.  Eh oui,  il est 4h. du matin,  l’on nous a oublié,  quand allons-nous être relevés ?  A ce moment,  j’entends venir de notre côté les releveurs,  l’on a tout simplement sauté une garde,  merci !"

 

Début du chemin creux,  anno 2011. 
Lieu du récit raconté par le Sgt. Dufrane.
Vue sur la baie de Sallenelles en descendant
le chemin creux vers la route départementale D514

 

Bruxelles,  le 6 septembre 1944
Tamise,  janvier 1945,  avec sa fiancée
Oelde (Wesphalie),  Allemagne,  mai 1945,  au millieu
Le 27 novembre 1945, le Sgt Dufrane se marie avec Lucienne Verhulst