FELTES Etienne - Sgt -
Matricule 1074
Compagnie Etat-Major

Sergent Etienne FELTES
Compagnie Etat-Major
Matricule 501-1074
(par
son petit-fils Philippe Hackens)
Etienne Feltes est né le 23 mai 1910 à Habergy
(province de Luxembourg), dans une famille d’agriculteurs. Après ses études
secondaires à Arlon, il est engagé à la SNCB, où il s’occupe de la logistique
des transports de marchandises.
Il
effectue son service militaire en 1933 au 10ème de Ligne à Arlon, mais pour ses
deux rappels à l’armée, il est muté aux chasseurs ardennais. En 1935, il est
muté à nouveau, cette fois au corps spécial des chemins de fer, télégraphes et
téléphones (CFT), avec le grade de sergent.
En
novembre 1937, il épouse Elise Poncin, originaire de Grivegnée. Le couple
déménage à Bruxelles où naît leur première fille Marie-Paule, en décembre 1939.
Lors de
l’invasion allemande, le CFT reçoit l’ordre de faire mouvement vers la France.
Etienne Feltes s’embarque à Ostende pour rejoindre
Dunkerque par la mer, mais le port français est inaccessible à cause des
bombardements allemands. Le capitaine du vaisseau change donc de route et vogue
vers les côtes anglaises.
Etienne
est accueilli par le « refugee committee » de Hammersmith (Londres). Sa
« national registration card » porte la
date du 22 mai 1940. Par l’intermédiaire de la Croix-Rouge, il parvient à
envoyer un télégramme à sa femme pour la rassurer. Les deux époux parviendront
ensuite à échanger quelques lettres via un contact au Portugal avant que leur
stratagème soit repéré par la censure allemande.
En
décembre 1940, Etienne reçoit la lettre suivante :
MINISTERE DE LA DEFENSE NATIONALE
RECRUTEMENT.
107, Eaton Square, S.W.1
Londres, le 24 DEC 1940.
à Monsieur Feltes
E.V.
CONVOCATION :
En vertu des Arrêtés Ministériels appelant sous les armes les
citoyens belges, non encore sous les drapeaux, appartenant aux classes de
milice 1925 à 1941 inclusivement et résidant en dehors des territoires occupés
par l’ennemi, vous êtes prié de vous présenter le 3 janvier 1940 à 2 heures
devant le Bureau de Recrutement à Londres : 107, Eaton Square, S.W.1, pour
y subir un examen médical en vue de votre enrôlement dans l’Armée Belge.
Les citoyens antérieurement déclarés définitivement inaptes au
service militaire ne sont pas soumis à l’ordre de rappel mais doivent subir ce
nouvel examen médical. Ils seront porteurs de l’attestation de leur exemption
définitive.
Vos frais de déplacement vous seront remboursés.
Pour le Ministre de la Défense Nationale,
par ordre :
Le Lieutenant H.J. BROUHON,
chargé du Recrutement
N.B. : Les miliciens déclarés aptes au service rejoindront le
Camp Belge dans le Pembrokeshire (Galles du Sud) le 6 JAN 1941.
Il répond
à cet appel et intègre les Forces Belges en Grande-Bretagne au camp de Penally (Tenby), en janvier 1941, sous le numéro matricule
1074 (devenu par la suite 501.1074), avec le grade de sergent, puis de premier
sergent major.
Il est
chargé, quelques temps, de l’instruction des nouvelles recrues, et est intégré
ensuite à l’Etat-Major de la Brigade.
Lors du
débarquement de la Brigade Piron en Normandie, il est l’un des responsables de
l’organisation logistique, puis il participe avec ses camarades à la libération
du littoral normand -- épisode qu’il n’a jamais raconté en détail, étant d’un
naturel taiseux et modeste.
La
Brigade progresse jusqu’en Belgique, et Etienne finit par pouvoir, lors d’une
permission bien méritée, embrasser sa femme et sa fille réfugiées chez ses
beaux-parents à Grivegnée. Voici comment sa fille Marie-Paule relate cet
épisode :
« Mon
père n’a pas le style « héros », ce serait plutôt le contraire :
d’une extrême réserve et modestie, il a toujours minimisé ses mérites et répété
qu’il n’avait fait que son devoir. Je trouve que c’est déjà très bien. Et
en réalité, sa « réapparition » fut à l’image de sa
personnalité : tout simplement, à la Libération, après des mois d’épreuves
et de fatigues, un jour, il sonna à la porte du 21, rue Fraischamps
[à Grivegnée] et se présenta en « battle dress »,
le sac sur l’épaule.
« Si
au moins il nous avait fait avertir de son retour par un voisin ou une
connaissance », a répété cent fois ma mère, qui avait les nerfs à fleur de
peau et les réactions émotives très vives. Mais papa trouvait naturel de sonner
sans prévenir après 4 ans… ce qui provoqua un beau tohu
bohu. Je ne sais qui ouvrit la porte, mais maman, qui
sortait de la cuisine, lâcha la poêle à frire qu’elle tenait en main, et je me
souviens avoir ressenti des spasmes stomacaux-intestinaux violents… on n’était
pas encore tout à fait « sortis de l’auberge », car il dut encore,
avec l’armée belge, faire plusieurs séjours en Allemagne occupée, mais au
moins, maman le savait vivant. On organisa des fêtes pour son retour, et moi,
je me sentais tout à fait étrangère à cet homme qu’on disait être mon père et
qui venait bouleverser notre vie. »
Après une
vie bien remplie, Etienne Feltes est décédé en 2002.
Pour sa
conduite en temps de guerre, il a reçu du gouvernement belge le droit
d’arborer, sur la « médaille commémorative de la guerre 1940-45 »,
les barrettes « Normandie », « Canal de Wessem »
et « Belgique ».
Il a en
outre reçu de la République française la « médaille de la France
libérée » (1960) pour sa « participation à la libération de la
France ».
Le
gouvernement de Sa Majesté Britannique lui a décerné (en 1956) trois « campaign stars » : la « defence
medal », la « 1939-1945 star » et la
« France and Germany star ».
De plus,
pour ses années de service aux chemins de fer, il a reçu la « médaille
civique de 1ère classe » (1956), la « croix civique de 1ère
classe » (1965), puis les titres de « chevalier de l’ordre de la
Couronne » (1962) et enfin de « chevalier de l’ordre de
Léopold » (1972).
Les
certificats sont restés dans un tiroir, les rubans britanniques sont restés
agrafés à la lettre du ministère, et Etienne n’a jamais été chercher – ni a
fortiori arboré – ces décorations.
Encore
une preuve de sa grande modestie.
Son petit-fils Philippe Hackens, 12
mai 2026
|
|
|
|
|
1934.
Groupe du 10eme de Ligne. Etienne Feltes au premier
rang, troisième à gauche |
|
Etat-major
de la Brigade en septembre 1942, Il me semble distinguer Etienne Feltes au 3eme rang, à hauteur de la 3eme colonne à
partir de la gauche |
|
|
|
|
|
Etienne
Feltes (en haut à droite) au milieu d'un groupe de
l'EM de la Brigade |
|
Août
1944. Normandie (Chateau Hauger)
. Etienne Feltes est à droite |
|
|
|
|
|
Août
1944. Normandie |
|
Septembre
1944. Elise Feltes-Poncin et Etienne Feltes. Photo prise lors de son retour après 4 années
d'exil. |
|
|
|
|
|
Etienne
Feltes et sa fille Marie-Paule ,
Grivegnée, septembre 1944 |
|
Avril
1945. Front de Hollande. Etienne Feltes est assis
sur une chaise |
|
|
|
|
|
Avril
1945. Front de Hollande. Etienne Feltes est assis à
l'extrême gauche. |
|
|