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La
bataille de Normandie toute entière a été souvent représentée par le
seul jour des premiers débarquements, le jour J, le 6 juin 1944. Elle fut
en fait une très longue période de combats violents et continus qui dura
jusqu'à la fin du mois d'août. Les affrontements les plus durs eurent
lieu à partir du 10 juin jusqu'à la fin août. L'invasion de la France
impliqua le débarquement sur les côtes normandes, du 6 juin au 20 août
1944, de quelque 2,500,000 hommes. Le premier jour il y en eut 136,000, et
le déferlement allait se poursuivre pendant deux mois et demi. Le tour de
la « Brigade Piron » vint dans les tous premiers jours du mois
d'août, en même temps que celui de la brigade néerlandaise
"Princesse Irène" du Lieutenant Colonel de RUYTER van
STEVENICK, de la 2ème Division Blindée française dite
"Leclerc", de la 1e Division Blindée polonaise du Général
Major MACZEK et de la Brigade Blindée tchécoslovaque du Général Major
LISKA .
Organisé en 3 unités indépendantes pouvant se suffire à elles-mêmes,
le Groupement belge disposait en appui propre d'une batterie d'artillerie,
d'un escadron d'autos blindées, d'une compagnie du génie et d'une
compagnie de support logistique avec le charroi indispensable à une opération
indépendante. Les Anglais engagèrent le groupement belge dans la
poursuite des éléments ennemis le long de la côte normande, entre le
canal de l'Orne et la Seine.
Le 31 juillet 1944 dans la soirée, un peloton de chaque unité motorisée
(U.M.) (Pl du Lt THUMAS de la 3ème U.M., Pl du Lt ROGGE de la 2ème U.M.
et Pl du Lt LUYCKX de la 1ère U.M.) embarque dans un landing
ship tanks (LST) à Tilbury. Ils traversent la manche et débarquent
au port d'Arromanches. Ces hommes font partie de l'Advance Party afin de
préparer la venue du groupement.
Le 2 août, le Capitaine DIDISHEIM (officier de renseignement) et le
capitaine HOWELL (batterie d'artillerie), accompagnés de treize hommes
quittent à leur tour l'Angleterre. A 11 heures 30, ils atterrissent à
Amblie, terrain d'atterrissage allié situé à 10 kilomètres au sud de
Courseulles et à quelques centaines de mètres de l'état-major de la 1ère
Armée Canadienne. Ils ont une mission de reconnaissance et de prise de
contact.
Le 4 août, les 500 véhicules du groupement belge sont chargés et les
2200 hommes embarquent à bord de quatre Liberty Ships
de 10.000 tonnes (le Gladstone, le Paul Benjamin, le Henry
Austin et le Finlay). Dans la soirée, les navires appareillent
et rejoignent le convoi qui se forme devant Whitstable, dans l'estuaire de
la Tamise.
Le 6 août, le convoi lève l'ancre pour la traversée de la Manche.
Le
8 août vers 10 heures, le moment tant attendu et espéré des hommes
de la brigade belge est enfin arrivé. Le débarquement de la brigade
commence à Arromanches pour les véhicules, et à Courseulles pour le
personnel.
« Ici prit place un
incident qu'il me faut bien raconter. J'avais comme Aide de Camp un
Dinantais, le Capitaine-Commandant Georges HOUBION. Il avait rejoint
l'Angleterre au début de 1942, après avoir subi une longue captivité
dans les geôles espagnoles et au camp de MIRANDA DE EBRO. Sa santé en était
restée fortement ébranlée, ce qui n'entamait en rien sa constante bonne
humeur et son enthousiasme. Le panneau du Landing Craft à peine rabattu,
il sauta à l'eau pour parcourir les quelques mètres qui le séparaient
de l'estran. Là, il s'agenouilla, prit en main une poignée de sable et
l'embrassa avec ferveur. Ce geste spectaculaire eût pu paraître
ridicule. Nul d'entre nous ne songea cependant à en rire, tellement il
exprimait ce que tous nous ressentions. Nous retrouvions, sur cette plage
de la France amie, un sol voisin du nôtre. Nous l'avions quitté depuis
de longs mois, avec l'espoir enfin satisfait, de participer un jour à sa
libération» ("Souvenirs" de Jean Piron).
A
peine après avoir débarqué, une longue colonne se forme. Le Groupement
fait mouvement et arrive dans la nuit à Douvres-la-Délivrande et à
Plumetot où il s'installe en bivouac. L'état-major passe la nuit au château
de Ranville (comtesse Rohan-Chabot).
Le Groupement passe sous commandement de la 6th Airborne Division du général-major GALE qui dépend de la 1ère Armée
Canadienne (général CRERAR). Le colonel PIRON prend contact avec l'état-major
britannique qui est installé dans les carrières de chaux sur la rive
droite de l'Orne. La mission du groupement est de s'établir en réserve
de la division sur la rive gauche de l'Orne. Les trains du groupement (véhicules)
sont déjà sollicités par la division britannique pour transporter des
parachutistes vers Pont l'Evèque.
Le 9 août dans la soirée, le Groupement belge relève la 5ème brigade
britannique de commandos. En face de lui, une division d'infanterie
allemande et la 12ème division de Panzergrenadiere SS.
Les trains du groupement sont installés dans des carrières voisines des
ponts du canal. L'état-major s'installe à la mairie d'Hauger. En avant,
les 3 unités motorisées s'alignent, depuis les marécages qui bordent
l'estuaire de l'Orne. La compagnie du génie et les blindés sont en réserve.
L'artillerie est en batterie sur la rive gauche du canal.
Les deux jours suivants sont mis à profit pour effectuer des
reconnaissances. Le génie s'installe à Amfreville.
Le 13 août, le Groupement est en ligne au contact de l'ennemi devant les
villages de Sallenelles et d'Hauger.
Le groupement belge se voit confier
la bande côtière.
La 1ère Unité (major WINTERGROEN) est à droite
appuyée sur Amfreville, en liaison avec le « 12 Devons » britannique.
La 3ème Unité (major NOWE) s'appuie à la mer, à gauche. Les pelotons
de la 3ème Unité sont installés à l'entrée du village de Sallenelles,
à hauteur de l'école.
La 2ème U.M. est au centre, au sud de la route
qui mène vers Franceville. La lisière du village est encore aux mains
des allemands. Toute la région est surveillée par l'ennemi depuis ce
fameux abri bétonné qui commande l'estuaire.
Derrière, à moins d'un
kilomètre, l'escadron d'autos blindées est en réserve dans une carrière
de Basse l'Ecarde. Jules FLORIDOR (escadron blindé) et ses voltigeurs ont
été détachés à la Ferme du Buisson, l'endroit hanté du secteur. Le
lieutenant-colonel DERIDDER (batterie d'artillerie) a pris position le
long du canal de l'Orne près de Haute-Longueville et commence immédiatement
ses réglages.
Les échelons arrières et les trains bivouaquent le long
de la rivière. L'état-major est installé dans la maison du maire
d'Hauger.
Le major PONCELET, chef d'état-major du Groupement, déplie ses
cartes dans la propriété des FABRE à Hauger. Dans la chambre la moins
inconfortable, le soldat LEBRECHT (chauffeur du colonel PIRON) déplie le
lit de camp de son patron. Tout près, le génie s'est installé en réserve
dans un verger.
La batterie d'artillerie pilonne durant les 5 jours qui suivent les
positions allemandes.
Le 14 août, les patrouilles amies et ennemies se rencontrent dans le
premier chemin qui monte vers la droite à la sortie du village de Sallenelles et qui mène à la Ferme du Buisson. Une grenade tombe à côté
du lieutenant Georges VAN DER VEEN (Chef du 5ème peloton de la 2ème
U.M.), il est grièvement blessé. Le cadet Raymond VAN REMOORTELE le
charge sur ses épaules après avoir confié le peloton à Joseph
GILLEBERT.
Une patrouille ennemie s'infiltre entre les Anglais et la 1ère U.M.. Le
lieutenant Jacques WANTY (2ème peloton de la 1ère U.M.) reçoit une
balle dans l'épaule alors que le Sgt DEWANDEZ doit être évacué sur l'hôpital
de campagne.
A la 3ème unité, le jeune soldat BASTIN, blessé au cours
d'une patrouille est fait prisonnier par les allemands. Il restera
quelques jours parmi eux et leur faussera compagnie en revenant dans ses
lignes. Les premiers prisonniers allemands affluent au PC du Groupement.
Le PC de la 2ème Unité installé dans la maison de Mr LAVALLEE encaisse
une salve allemande. La maison de Mr MAUBER en prend aussi un coup le soir
même.
Les
journées des 15 et 16 août, les troupes belges sont soumises à de
nombreux tirs de mortier et subissent leurs premières pertes. Pour le
soldat Edouard GERARD (5ème Pl-3ème U.M.), le
docteur GOLDBLATT ne peut plus rien pour lui… Il fallait que le plus
jeune des volontaires soit le premier des gars de PIRON "morts au
champ d'honneur". Au même moment, à la 1ère U.M., le Lieutenant DE
BLOCK reçoit une rafale dans la jambe. Il faudra l'amputer. Pour protéger
la population, le village de Sallenelles est évacué.
Le 17 août à l'aube, un premier ordre d'avertissement parvient au
Groupement. Le grand jour est arrivé. Les belges vont attaquer à 3
heures du matin. Leur mission est de s'emparer des fortes positions qui
couvrent Franceville et Merville. Le Colonel donne ordre aux 2ème et 3ème
unités motorisées d'envoyer de fortes patrouilles de reconnaissance.
Celle de la 2ème se trouve prise dans un champ de mines sous de violentes
rafales de mitrailleuses ennemies. Le cadet VAN REMOORTELE qui la commande
est tué et deux hommes blessés. Les autres parviennent à se dégager
sous la protection de l'artillerie. La patrouille de la 3ème U.M. partie
le long de la route côtière en direction de Moulin du Buisson est arrêtée
à 200 mètres des positions avancées. A 7 Hr 10, l'ordre d'attaque de
l'opération "Paddle" arrive au PC de la brigade.
{la 6th Airborne Division dans l'opération "Paddle"
(aviron) a été lancée sur l'axe Troarn-Dozule-Pont l'Evêque, son aile
gauche étant composée par le 1st Belgian Group du Col Piron, la brigade
néerlandaise "Princesse Irène" du Col de RUYTER van STEVENICK,
le 12 Devons du LtCol Gleadell, le 1st Royal Ulster Riffles du LtCol
Carson et le 2nd Ox and Bucks du LtCol Roberts}.
Tout est prêt. Le Colonel donne ordre aux 2 et 3 U.M.
d'avancer. L'escadron blindé a pour mission de pousser aussi rapidement
que possible le long de la route côtière et sur le chemin de Merville.
Les résistances sont très fortes. La route est minée et tenue sous le
feu du point fort du Moulin du Buisson, dont le centre est constitué
d'une casemate blindée située au sommet d'une dune. L'autre itinéraire
parcourt d'étroits chemins encaissés fortement minés. Les blindés
n'avancent que pas à pas et sont obligés de faire souvent appel à la
compagnie du génie. Une douzaine de mines sont neutralisées par
l'adjudant HARBOORT et son équipe. Mais une mine explose, tuant un démineur
et blessant mortellement l'adjudant HARBOORT, il décèdera deux jours
plus tard. Le lieutenant SAUVAGE (Chef de Pl de l'escadron) est blessé au
dos. Il sera remplacé par son adjoint NOEL, puis par Jules FLORIDOR. Le
scout car de ROUZEE saute. A 10 heures 40, on annonce que Sallenelles est
pris par le 3ème Pl de DEWANDRE. La progression reprend , mais elle est
fortement ralentie par les tirs des mortiers et les mines. Le 3ème
peloton de DEWANDRE est bloqué à 300 mètres au nord de Sallenelles. A
11 heures, une troupe de l'escadron blindé est mise à la disposition du
bataillon anglais "12 Devons" qui progresse à droite du
dispositif belge. A 12 Hr 30, le colonel donne ordre à la 1ère unité de
se porter à la Ferme du Buisson. De là, elle attaquera vers les lisières
est de Franceville, coupant à travers tout en évitant les points forts
de la route côtière. Cette tactique réussit et la 1ère unité pénètre
à Franceville plage, premier objectif du Groupement belge. Pendant ce
temps, les autres unités étaient parvenues également à avancer. Après
une intense préparation d'artillerie, FLORIDOR emporte les Winklers
rassemblés des Troop 2,4 et 5 à l'assaut du fortin. Les allemands fuient
comme des lapins. Le peloton de Winklers (voltigeurs) de l'escadron blindé,
à pied, avait délogé les allemands du point fort du Moulin du Buisson.
La compagnie du génie dégage la route des mines et des obstructions. A
19 heures, la brigade occupe tous les objectifs. Commence alors une véritable
course poursuite.
Le
18 août, la journée se passe à tâter l'ennemi qui défend la tête de
pont de la Dive. Les résistants français fournissent des renseignements
qui se révéleront exacts. Tandis que la compagnie du génie démine la
route de Cabourg à Bruqueville.
L'artillerie fait un bond jusqu'à Gonneville, puis Vauville sur Mer .
Durant 5 jours ils vont à nouveau harceler les positions allemandes.
Le 20 août, l'escadron blindé, dont la progression avec le Groupement
est rendue impossible par les nombreuses destructions, est détaché au régiment
de reconnaissance de la 6ème Division. Celui-ci, étant très éprouvé
depuis le débarquement. C'est pourquoi le commandement du régiment est
enchanté de disposer de l'escadron belge pour reprendre le contact avec
l'ennemi en direction de Dozule-Annebault. Le reste du Groupement est à
Auberville
Le 21 août à 11 heures, les troupes belges entrent à Cabourg, devant la
Dive, dont les ponts ont sauté. Le colonel y installe son PC avancé
tandis que la 1ère unité, utilisant des moyens de fortune, traverse le
fleuve. Elle dépasse Houlgate et s'avance vers Auberville où elle se
heurte à de fortes arrières-gardes allemandes. Une section du Pl du Lt
JACOBS, guidée par un patriote français , le Lt LEFEVRE, tombe dans une
embuscade et se trouve prise sous le feu de 4 armes automatiques. 5 hommes
sont tués (le Cpl BETBEZE et les soldats BECKAERT, JADON, GURHEM et DE
BOECK) ainsi que le lieutenant LEFEVRE. L'aumônier DETHISE qui se rend
sur les lieux pour secourir les mourants et les blessés est atteint à
son tour et doit être évacué. Pendant ce temps, le génie travaille
d'arrache-pied avec l'aide de la population à établir des moyens de
passage sur la Dive. Quelques jeeps parviennent à passer la rivière et
à apporter les ravitaillements aux unités en ligne. A 19 heures, arrive
un message du commandement de la 6th Airborne "Congratulations on
your advance". Dans la soirée, l'attaque est menée par la 1ère
unité qui enlève les premières résistances sans appui d'artillerie.
Dans la nuit, cette unité renforcée par des éléments de la 3ème U.M.
et appuyée par l'artillerie repart à l'attaque. Cette fois, le succès
est complet et les allemands décrochent.
Simultanément,
l'escadron d'autos blindées évolue plus au sud. A 6 heures, à
Goustainville, pendant que le commandant de l'escadron (Major de SELLIERS
de MORANVILLE) donnait ses ordres aux chefs de peloton, le colonel
commandant le régiment de reconnaissance britannique lui rend visite et,
s'adressant au groupe d'officiers belges leur dit :"gentlemen, devant
vous Dozulé est en feu, Troarn brûle encore derrière vous, là-bas, à
gauche, une autre ville brûle , je ne sais pas laquelle. J'ignore où se
trouve l'ennemi, vous le trouverez bien. Bonne chance". Dès midi,
l'escadron trouvait la ligne de résistance principale ennemie à
Branville, Annebaut, La Chapelle et Hainfray. Quelques blindés reçoivent
l'ordre de se porter en position d'observation. Vers 18 heures, un général
anglais demande au commandant de l'escadron de vérifier l'occupation de
Branville. Le terrain d'approche est dangereux pour des autos blindées. Néanmoins,
le Lt DEWANDRE s'avance avec prudence à la tête de sa « Troop »
et parvient au milieu du village où il surprend un important détachement
ennemi. Des allemands apparaissent dans toutes les maisons encadrant les véhicules.
Toutes les autos blindées ouvrent le feu tandis qu'à la lisière nord du
village le scout car de tête découvre un canon anti-char. Le Lt DEWANDRE
donne l'ordre de décrocher avant que l'ennemi ne se remette de sa
surprise. Les armes tirent à toute volée. La route se couvre de blessés
et de morts ennemis. A 19 Hr 25, le Lt DEWANDRE revient avec le
renseignement. Il recevra la "Military Cross".
Le
22 août, dès l'aube, la progression reprend. Cette fois avec le
charroi de combat qui a passé la Dive sur un pont construit par le génie
belge. À 13 heures, le Groupement entre à Villers sur Mer où la
population lui réserve un accueil frénétique. Partout, les drapeaux
français, anglais et belges flottent, les cloches sonnent et la foule
crie :"vive la Belgique, merci, vive la France". Le soir, la
Touques est bordée et Deauville occupée. Le Groupement belge est le
premier à avoir atteint cette rivière. Le général GALE a convoqué le
colonel PIRON à son EM pour le féliciter de la progression rapide de son
groupement. Les ponts sont détruits et les allemands occupent les
hauteurs de Trouville d'où ils bombardent les positions belges à coups
de mortiers et d'artillerie.
Deux soldats de la 1ère ROUCHE et FOURNIER sont tués devant les ruines
du pont. L'artillerie et le charroi lourd qui ont franchi la Dive à
Troarn arrivent à Deauville. Le QG du Groupement s'installe dans une
ferme exploitée par des belges.
La compagnie du génie s'installe à Lieu Bill
L'artillerie est en position à Clarbec.
Le
23 août, les belges aborderont les premiers la Touques entre Deauville et
Pont l'Evêque. Sur la côte, l'U.M. du Major WINTERGROEN est à l'avant
garde. Entre la Dives et la Touques, tous les itinéraires sur lesquels
vont s'engager les unités de la 6th Airborne seront reconnus par
l'escadron d'autos blindées. A Pont l'Evêque, la « Troop One »
aura l'honneur d'essuyer les premiers coups de feu. La Dives est à peine
franchie que dans la foulée, WINTERGROEN, au départ d'Houlgate pousse
son extrême pointe (équipe de reconnaissance de ROELANTS) au château
Fouchet de Carel, sur la butte de Chaumont. Derrière eux, le 5ème
Peloton d'assaut de Georges JACOBS devancé par la section du Sgt
DEGROOTE. Derrière eux, le peloton de José SCHMITZ. Conduit par des résistants
français de Houlgate, DAUVILAIRE et LEFEVRE, le peloton se glisse de la
ferme Chagnet à la ferme de Tolleville jusqu'à la crête.
La compagnie du génie s'affaire à la maintenance de l'itinéraire de la
division et démine la route Pré le Houx , tandis que la batterie
d'artillerie est en position à Coudret-Rabu.
Plus au sud, à l'escadron, après la prise de Branville, la « Troop
One » de FLORIDOR se lance sur Pont l'Eveque. DEWANDRE vers la route
de Beaumont et le pont de Rocheville. VERHAEGE vers Clarbec et le pont de
Fierville. Il est 8 heures 30. FLORIDOR dépasse Annebault.
Le 24 août, à 8 heures 30, le Colonel donne l'ordre de reprendre la
progression et de bousculer l'ennemi. Le pont détruit, l'infanterie
traverse sur ses décombres portant armes et munitions pendant que la
population amène des matériaux de construction et que le génie
construit un bac pour passer les véhicules. Cette fois, c'est la 3ème
unité qui est à l'avant garde. La progression se poursuit péniblement.
Les résistances allemandes faiblissent. De nombreux prisonniers sont
faits. Le Groupement belge est en flèche de 8 km sur le reste de la
division. Le charroi n'a évidemment pas pu suivre. Le soir, le « First
Belgian Group » est aux portes d'Honfleur, il y rentrera le
lendemain. L'artillerie est en position à Saint Benoît d'Herbetot.
Dès l'aube du 25 août, l'infanterie pénètre dans Honfleur, dépasse la
ville, mais est arrêtée à Fiquefleur par des feux d'armes automatiques
et antichars. Elle a été rejointe et appuyée par le peloton VERHAEGE de
l'escadron blindé. Un de ses véhicules est atteint par un coup de plein
fouet, blessant son chef et tuant son conducteur, le brave soldat VAN DEN
BROECK. Le sous-officier DELAISSE est aussi grièvement blessé. Pendant
la matinée, le Groupement se concentre à Honfleur. La foule témoigne sa
joie d'être libérée, mais aussi sa colère. Des femmes qui s'étaient
laissé séduire par le prestige de l'uniforme allemand sont rasées en
public et traînées dans les rues. Des FFI font justice sommaire de deux
traîtres. En face d'eux, de l'autre côté de l'eau, les belges aperçoivent
le port du Havre. Les éléments motorisés ayant franchi la Touques à
Pont l'Eveque, l'y ont rejointe. L'état-major s'installe à l'Auberge du
Cheval Blanc où une charmante fillette, costumée en Alsacienne, remet
des fleurs au colonel PIRON. Ils passent la journée dans ce petit port de
pêche. La population est encore toute émue des atrocités allemandes. La
nuit précédente, ils ont fusillé quelques patriotes. Les résistants
ont arrêté un jeune belge qui a participé au massacre de la nuit. Ils
veulent le remettre au groupement belge, ce que l'auditeur John GERARD
refuse.
L'artillerie est en position à Quitteville.
Dans
la nuit, le Groupement reçoit l'ordre de poursuivre son avance et
de reprendre contact avec l'ennemi.
Les allemands abandonnent les hauteurs de Fiquefleur. La poursuite reprend
par Berville et Foulbec. Là, l'avant-garde est arrêtée par des feux
nourris provenant des hauteurs dominant la vallée de la Risle.
L'infanterie de tête y subit quelques pertes. Le sous-lieutenant VAN
CAUWELAERT, fils du ministre est légèrement blessé. Le jeune soldat
MOUCHET est tué alors qu'il secourt les blessés sous le feu de l'ennemi.
L'avant-garde opère sa jonction avec l'escadron blindé qui a coupé plus
au sud. Au cours de la journée, le Groupement reçoit l'ordre de se
concentrer à Berville où il s'installe dans les vergers afin de se
reposer durant 2 jours des fatigues de sa progression rapide. Devant, s'étale
le vaste estuaire de la Seine. Vers l'ouest, on aperçoit Le Havre. Le
Groupement quitte aussi la 6th Airborne qui va rentrer en Grande-Bretagne
où elle sera réorganisée pour se préparer à d'ultérieures opérations.
Le Groupement passe aux ordres de la 49ème Division du général
BARKER.
Le 25 août à 6 heures 50, l'escadron d'autos blindées reçoit l'ordre
de pousser vers la rivière Morelle, ensuite vers la Risle et de chercher
à entrer en contact, sur sa droite, avec les éléments de reconnaissance
de la 49ème Division britannique. Le Major SELLIERS lance la Troop de
VERHAEGEN sur l'axe Honfleur, Fiquefleur, Equainville, Berville, Foulbec.
Vers 10 heures 25, le PC de l'escadron vient de s'installer à 300 mètres
à l'est de St Benoît d'Hebertot. VERHAEGE aperçoit le pont de
Fiquefleur qui est intact et veut essayer de s'en saisir par surprise.
Mais il est pris sous le bombardement allemand. Il est blessé, ainsi que
3 hommes. BIHAY, sous le feu de l'ennemi, va ramasser l'un d'eux pendant
que VERHAEGE continue à transmettre des renseignements par radio.
Le 26 août, le général GALE qui commande la division, décide de lancer
l'escadron vers Pont Audemer pour couper la retraite aux arrière-gardes
allemandes. A 8 heures 15, le lieutenant d'OULTREMONT qui a pour mission
de tenter une action sur le pont de Foulbec voit que le pont est détruit.
L'escadron tombe sous le feu de l'ennemi qui est terré sur les hauteurs
surplombant la Risle.
Mais le colonel PIRON avait, dès l'aube, envoyé la 3ème unité motorisée
pour progresser en avant du Groupement, sur l'axe
Honfleur-Berville-Foulbec. L'unité quitte Conteville et arrive à hauteur
de l'escadron. Mais ils tombent sous le feu ennemi. Sous la violence des
tirs, l'unité doit se replier, accusant quelques blessés. Le soldat
MOUCHET y est tué et sera enterré dans le village.
L'artillerie est à Saint Maclou.
Le 27 août, l'escadron repasse sous le commandement belge. Le brio dont
il a fait preuve au cours de ces 6 derniers jours lui valut les félicitations
du commandant du régiment de reconnaissance de la 6ème
division.
Dans la soirée du 28 août, le Groupement reçoit l'ordre de franchir la
Risle à Pont Audemer et de s'établir au bivouac dans les vergers de
Corneville. Pendant ces deux jours, la 49ème a bordé la rive
sud de la Seine.
Le
29 août, le Groupement qui bivouaque à Berville passe sous les ordres de
la 49ème division britannique et fait mouvement au sud de la
forêt de Brotonne tandis que l'escadron s'installe à Cauverville en
Roumois. La compagnie du génie installe un pont au quai de la prison sur
la rivière Risle. La batterie d'artillerie pilonne sans arrêt la forêt
de Brotonne où les allemands se réfugient avec tout leur matériel
qu'ils abandonneront.
Le Cadet VERHAEGHE obtient l'autorisation de faire une reconnaissance inédite.
En civil, avec de faux papiers, il fait une reconnaissance de l'autre côté
de la Seine en compagnie d'un pécheur et de 4 jeunes français. Il
obtiendra des renseignements capitaux sur les forces allemandes et sur la
défense du Havre. Leur rigoureuse exactitude aidera beaucoup dans la
progression vers le Havre et sera très utile à la 49ème division qui réussira
très rapidement à s'emparer de la place.
Le 31 août, le Groupement reçoit ses ordres. Il traversera la Seine sous
la protection du régiment de reconnaissance de la 49ème
division. Il se regroupera au sud d'Yvetot pour marcher sur le Havre et
prendre contact avec l'ennemi.. La traversée de la Seine doit se faire en
plusieurs endroits. Trois points de passage par radeaux à moteurs sont
organisés à Caudebec et en amont. Les blindés du Major SELLIERS
passeront les premiers dès la tombée de la nuit. Le colonel PIRON
accompagne le capitaine BLOCH, officier de liaison sur le premier radeau.
L'opération est très lente et durera jusqu'au lendemain dans la soirée.
L'escadron
arrive sur son point de traversée à 18 heures, mais doit attendre la
mise en oeuvre du génie britannique. A 21 heures, l'escadron traverse la
Seine à La Mailleraye. Cette opération durera jusqu'au lendemain à 10
heures. L'état-major passe à Caudebec à 11 heures, suivi de la batterie
d'artillerie. La 3ème unité traverse à ce moment la foret de Brotonne.
Les trains de la brigade traversent sur le pont de chemin de fer de Rouen.
Le 01 septembre, la traversée de la Seine ayant été très lente; ce
n'est que vers midi que la marche vers le Havre peut être entamée. Ce
sont les blindés de l'escadron qui ouvrent et couvrent la progression de
la 1ère unité motorisée. Bientôt, ils atteignent Bolbec et
Harfleur. Les allemands ont établi leurs avant-postes le long du rebord
est du profond vallon qui précède la ville. Ils peuvent facilement être
réduits. Mais les hauteurs de l'ouest sont fortement défendues et
garnies d'abris bétonnés. Le PC avancé est établi entre Caudebec et
Lillebonne. Les unités motorisées appuyées par l'artillerie sont prêtes
à partir à l'attaque lorsque brusquement, le Général BARKER rencontre
le colonel PIRON vers 18 heures. Il lui communique de nouveaux ordres. Au
cours de la nuit, le Groupement sera relevé par sa division et devra se
regrouper, prêt à faire mouvement dès l'aube du lendemain.
Le 02 septembre au lever du jour, l'escadron se voit relever par le 49ème
régiment de reconnaissance. Le Colonel PIRON est convoqué à
Lyons-la-Forêt. Dans l'après-midi, les autos blindées quittent
Saint-Romains pour Yvetot. Le colonel PIRON quitte Valliquerville à 11
heures. La campagne de Normandie se termine pour le First Belgian Group.
L'ordre est donné de faire mouvement sur Arras.
Les armées
alliées avaient franchi la Seine, Paris était libéré. Les armées
anglo-américaines et françaises progressaient irrésistiblement vers la
Belgique et vers l'Alsace.
« Tout en roulant,
le commandant HOUBION me régala d'andouillettes de Vire réchauffées sur
le réchaud de campagne. Nous traversâmes Rouen . Tout en roulant, mes
pensées se concentraient sur ces 4 semaines de combats. Notre bilan ne me
semblait point trop mauvais. Mes soldats s'étaient battus valeureusement.
Nous n'avions pas subi de lourdes pertes. Nos quelque 2,500 hommes avaient
libéré la côte normande de l'Orne à la Seine. Mr PIERLOT, à Londres,
devait être content de nous. Nous pouvions porter nos couleurs belges
avec fierté »
(« Souvenirs » de Jean Piron)
« Les unités du
Groupement belge ont joué à saute-mouton dans cette poursuite le long de
la côte fleurie, protégées en avant et sur les flancs par les
autos-blindées du Major de SELLIERS de MORANVILLE et supportées par la
Batterie d'Artillerie du Major DERIDDER. Les trois héros de cette
chevauchée s'appellent les majors WINTERGROEN, WATERLOOS et NOWE. Le
temps a effacé leurs noms. Il convient qu'on leur rende l'hommage qui
leur est dû. Tous les problèmes de ravitaillement ont été résolus par
le capitaine André BERO et le lieutenant Jean MUSSCHOOT. Les mines ont été
désamorcées, les ponts construits et les cratères remplis grâce au
Capitaine Richard SMEKENS. Les indispensables transmissions ont été
orchestrées par le Capitaine RICHIR. Le Docteur VERMEYLEN a soigné nos
blessés. Et cette caravane d'aventuriers s'ébranlait avec enthousiasme
sous la houlette du Colonel Jean PIRON. Que ses détracteurs sachent qu'il
fut le seul colonel belge présent aux combats de la libération. La
Belgique n'a pas le droit de l'oublier. »
(« Des hommes oubliés » de Guy Weber)
« Au cours de la
progression de la 1ère armée canadienne, de l'Orne au Havre,
a toujours été à l'avant-garde de la division à laquelle elle était
attachée. S'est emparé, après de durs combats, de toutes les localités
jalonnant la côte normande et notamment des villes de Cabourg,
Villers-sur-Mer, Deauville, Trouville, Honfleur et Bolbec. Son action lui
a valu les plus hauts témoignages d'estime de la part du haut
commandement allié ».
(Texte de la citation à l'ordre de l'armée qui fut décernée
au Premier Groupement belge à la suite de ses opérations en Normandie).
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